Reportage sur France 3 : Revivez la rencontre émouvante entre des parrains et leurs filleuls au Sénégal !

INTERVIEW: Retour sur la mission à Madagascar de Marine et Johanne

Marine, et Johanne de retour d'une mission à Madagascar
Février 2019

Marine et Johanne, salariées d’Un Enfant par la Main, viennent tout juste de rentrer d’une mission de 15 jours  à Ambohidratrimo, Région Analamanga à Madagascar.
Un voyage ayant pour but d’assurer le suivi des opérations sur le terrain mais aussi de s’assurer de la bonne mise en oeuvre du nouveau programme de parrainage proposé en janvier dernier en collaboration étroite avec l’association locale AMADEA.

Un Enfant par la Main a décidé de les interroger, de recueillir leurs impressions et de vous faire découvrir Madagascar à travers leurs yeux.

Qui sont-elles?

Marine a rejoint l’équipe du siège d’Un Enfant par la Main en décembre 2018 comme Chargée de programmes. Elle a travaillé pour l’Association en Haïti, pays historique de l’association. Elle y a vécu 2 ans, durant lesquelles elle occupait le poste de coordinatrice départementale d’un projet de soutien à des écoles endommagées par l’ouragan Matthew qui a frappé l’île en octobre 2016.

Johanne est Responsable des parrainages depuis 3 ans. Après s’être rendue au Sénégal et au Vietnam, c’est à Madagascar qu’elle a pu rencontrer les équipes locales, les enseignants, les familles et les enfants parrainés.

Quel a été le programme de ce voyage ?

Marine, et Johanne de retour d'une mission à Madagascar

Marine : Durant cette mission de 15 jours, nous avons consacré plusieurs journées de travail au fonctionnement du programme de parrainage avec notre partenaire, l’association Amadea.
Dans un premier temps, nous nous sommes déplacés dans les écoles ; puis sur la base des informations collectées grâce aux communautés et de nos observations, nous avons co-construit le fonctionnement de ce programme de parrainage et les relations partenariales qui en découlent avec Amadea.

Nous avons également travaillé sur l’identification de projets à mettre en œuvre dès cette année dans les écoles, qui ont toutes des besoins importants :

  • manque criant d’équipements,
  • blocs sanitaires vétustes,
  • délabrements des infrastructures existantes, etc.

Durant la deuxième partie de ma mission, j’ai rencontré différents acteurs du secteur de la solidarité internationale afin de mieux appréhender le contexte local :

  • connaitre les associations qui interviennent à Madagascar,
  • les projets qu’elles mènent,
  • les éventuelles difficultés qu’elles rencontrent, etc.

Enfin, je me suis  rendue dans deux écoles au sein desquelles UEPLM gère des parrainages depuis une dizaine d’années, afin d’effectuer un suivi des parrainages et leur apporter un appui technique.

Johanne : Nous avons été à la rencontre des enfants du programme de parrainage, leurs parents, leurs professeurs et les équipes de notre partenaire AMADEA.
Nous avons fais le point sur la bonne mise en place dans les écoles des distributions de collations et de repas aux enfants dans le cadre du projet d’urgence lancé en février.
Ensuite, nous avons menés de grandes sessions de travail avec les responsables et chargés de parrainage afin d’en optimiser la gestion sur le terrain :

  • le suivi des enfants,
  • la réalisation des activités du programme de parrainage,
  • bonne gestion des courriers des parrains et des enfants etc…

Quel est l’enjeu du diagnostic que vous avez mené avec le partenaire Amadea ?

Marine : Aujourd’hui, ce diagnostic nous permet de définir plus clairement les priorités sur lesquelles l’association doit se concentrer les prochains mois.
L’enjeu était également de définir les perspectives d’actions à plus long terme que nous pouvons imaginer pour améliorer le quotidien des familles de cette zone.

Comment allez-vous veiller au suivi des relations entre parrains et enfants ?

Johanne : Justement, c’était vraiment l’objectif de ma mission : faire en sorte que nous puissions nous assurer d’un suivi de qualité des enfants.
Grâce à la formidable mobilisation de nos parrains en ce début d’année, 250 enfants ont été parrainés dans ce nouveau programme Vahatra.
C’était au-delà de toutes attentes, puisque nous avions cet espoir pour la fin de l’année 2019.
Il fallait donc consolider nos processus internes avec notre partenaire pour garantir un suivi efficace des enfants à travers les activités de parrainage et aussi garantir la bonne mise en place de la relation entre les filleuls et leur parrain. Cela nécessite effectivement la bonne la gestion des courriers (de l’enfant vers son parrain et vice-versa) : c’est-à-dire les étapes de réception, de relecture, de traduction et de distribution. Quand on sait que les écoles et les villages sont particulièrement difficiles d’accès, notamment en période des pluies, nous comprenons pourquoi les courriers mettent plusieurs semaines pour être réceptionnés ou délivrés aux familles.
Vous l’avez compris, dans ces conditions, les échanges de courriers peuvent prendre du temps. Mais cela ne signifie pas que les activités du programme de parrainage ne se poursuivent pas, loin de là ! Et, si pour des raisons logistiques, il nous est – encore – difficile d’assurer plus de 2 à 3 courriers par an en provenance du terrain, nous nous sommes également engagés à vous faire part des réalisations du programme de parrainage le plus régulièrement possible. Les parrainages étant mutualisés, lorsque vous aidez un enfant, c’est aussi sa famille et tout son village que vous soutenez !

Afin d’assurer un suivi de qualité, l’objectif de notre mission était également de renforcer notre présence à Madagascar avec la création d’un bureau « Un Enfant par la Main ».
Nous avons donc rencontré notre future collaboratrice qui sera un formidable relais, sur place, pour travailler de concert avec notre partenaire Amadea.
Nous sommes ravi(e)s d’agrandir notre équipe et nous ne manquerons pas de vous la présenter très prochainement !

Quelles ont été vos premières impressions ?

Marine : Durant cette mission, je dirais que j’ai été particulièrement impressionnée par la participation des parents d’élèves à l’éducation de leurs enfants, rassurée par le sérieux de notre partenaire, et enthousiaste pour la suite des actions que nous allons mettre en œuvre pour améliorer les conditions de vie des habitants de la zone.

Johanne : A la fois un accomplissement : le programme est lancé ! Et cette sensation un peu spéciale que beaucoup reste à faire mais que nous savons par quels chemins avancer !

Comment les enfants et les enseignants dans les écoles partenaires vous ont-ils accueillis ?

Marine, et Johanne de retour d'une mission à Madagascar

Marine : Nous avons été très bien reçus par les communautés : les enfants nous avaient préparés des danses et des chansons, dont certains classiques français comme « une souris verte » !
Les enseignants nous ont tous fait visiter les domaines scolaires, et nous avons partagé un temps d’échange avec eux afin de recueillir leur avis sur les débuts de ce programme de parrainage.
Ils ont remercié à plusieurs reprises les donateurs et parrains d’Un Enfant Par la Main ; dans lesquels ils fondent beaucoup d’espoir.

Johanne : C’est bien sûr avec une immense émotion que nous avons rencontré les enfants des 9 écoles et groupes d’écoles qui font actuellement partie du programme Vahatra.
Il faut savoir que pour tous ces jeunes enfants de maternelle et de primaire, c’est la toute première fois qu’ils participent à un programme de parrainage.
Les plus petits étaient très impressionnés, mais très vite nous avons pu participer à leurs activités. Etant moi-même la maman d’une petite fille de 3 ans, c’était avec un grand plaisir que je retrouvais les exercices sur l’apprentissage des formes et des couleurs. Je me souviens qu’à la maternelle de Antoby, nous avons eu droit à un véritable petit concert de chansons enfantines, entraîné par un petit garçon haut comme trois pommes qui chantonnait Frère Jacques avec un enthousiasme communicatif !

Dans les plus grandes classes, les élèves étaient très studieux et nous avons pu échanger avec eux et leur professeur sur leur exercice d’écriture, de français ou encore de mathématiques.
Les classes de CP apprenaient le mot « zébu » :« omby » (prononcé « oumb’ »). Les enfants voulaient nous montrer ce qu’ils avaient appris et ils en étaient fiers, nous aussi !
Les enseignant(e)s nous ont toujours accueillies chaleureusement et étaient aussi très fiers de nous expliquer les programmes pédagogiques. Ils travaillent dans des conditions qui sont loin d’être faciles : des bâtiments souvent vétustes et trop petits : parfois des enfants de 2, voire 3 niveaux scolaires partagent la même salle de classe. Le mobilier de classe comme des tables-bancs sont pour la plupart très anciens et pas toujours adaptés à la taille des enfants, qui se retrouvent à 4 assis à un bureau prévu pour 2. Les professeurs manquent parfois d’une formation adaptée, de matériels pédagogiques… Ils ont conscience que le programme de parrainage, ainsi que les projets menés par Un Enfant par la Main peuvent faire avancer les choses et optimiser les conditions d’apprentissage, et c’est avec un véritable esprit constructif qu’ils ont partagé avec nous leurs besoins et leurs motivations.

Comment les familles s’impliquent-elles dans le parrainage de leurs enfants ?

Marine, et Johanne de retour d'une mission à Madagascar

Marine : J’ai été très agréablement surprise par l’implication inconditionnelle des parents d’élèves. Il faut savoir qu’à Madagascar, les familles supportent 40% des dépenses courantes d’éducation ; elles sont donc des acteurs à part entière de ce secteur ! Et c’est ce que nous avons pu constater avec le premier projet de cantine scolaire, qu’UEPLM a débuté en janvier dernier avec ces écoles.
Il prévoit de fournir des repas chauds et collations aux élèves en période de soudure alimentaire, afin de lutter contre l’absentéisme scolaire qui est très élevé à cette période de l’année.
La conception de ce projet repose sur l’implication des parents, puisqu’ils sont en charge de la préparation et de la distribution de ces repas.

Nous avons pu constater de nos propres yeux qu’ils n’ont pas pris cette tâche à la légère !
Dans chaque école, des plannings sont affichés sur les murs, indiquant l’organisation convenue entre les parents pour se relayer dans la préparation des repas.
Une école a même construit pour l’occasion une cuisine de fortune faite de chaume et de petits bois.
Les parents s’organisent également pour aller chercher de l’eau, parfois à plusieurs kilomètres, et offrir ainsi la possibilité aux élèves de se laver les mains avant chaque repas.
Ils les sensibilisent également sur cette thématique. On ressent une vraie implication des parents dans l’éducation de leurs enfants.

Johanne : Les parents d’élèves sont particulièrement impliqués, les familles ont mis un point d’honneur à venir nous rencontrer et échanger lors de notre venue dans chaque école.
Des responsables de groupes de parents d’élèves très investis mais aussi des chefs de villages nous ont témoigné leur adhésion au programme et aux activités ; et l’espoir qu’ils ont de faire avancer les choses avec nous, et avec vous.

L’implication des parents d’élèves se manifeste également dans la mise en place du projet d’urgence alimentaire. Ce sont eux qui, à tour de rôle, vont :

  • réceptionner et vérifier les denrées reçues pour les collations et les repas ;
  • cuisiner les plats,
  • garantir le lavage des mains de chaque enfant avant chaque repas,
  • faire la vaisselle pour les enfants qui ne sont pas en âge de le faire eux-mêmes.

Ils se regroupent également pour porter leur voix auprès des écoles et des autorités locales. Les parents d’élèves sont un relais central dans notre approche du programme de parrainage et nous travaillons main dans la main avec eux, pour un même objectif : le bien-être et la réussite de leurs enfants.

Quel est votre plus beau souvenir ?

Marine, et Johanne de retour d'une mission à Madagascar

Marine : Lorsque nous avons visité l’école Antsaonjobe, nous avons rencontré une jeune fille formidable, qui en réalité est à l’origine de la création de l’école.
Son témoignage m’a beaucoup touché. Elle était autrefois scolarisée dans une école plus lointaine, et effectuait chaque jour plus de 12km aller-retour à pied pour s’y rendre.
Elle a ensuite eu un problème de motricité, et c’est donc son père qui la portait à bout de bras le matin et le soir pour qu’elle puisse continuer sa scolarité.
Pour mettre un terme à ces longs voyages quotidiens, cette famille s’est mobilisée pour qu’une école soit construite dans leur village.
Ils ont rassemblé d’autres parents, et, avec le soutien de notre partenaire Amadea, ils ont construit ensemble l’école Antsaonjobe.

Cette merveilleuse rencontre est révélatrice de la détermination et l’engagement des parents ici, mais également du pouvoir que nous pouvons tous avoir pour faire avancer les choses.

Johanne : Incontestablement la rencontre avec la petite Danielah, 4 ans et de sa maman.
C’est avec nos sacs pleins de vos touts 1ers courriers que nous avons été à la rencontre des enfants de l’école d’Ankarefo.
Quand Lalao, notre partenaire à commencer à traduire le courrier et que la petite fille à commencer à réaliser qu’il y avait une personne qui lui avait écrit une lettre et qui pensait à elle.
Pendant toute la lecture, Danielah a serré très fort la photo de sa marraine et n’en croyait pas ses yeux quand elle a découvert le petit lapin en peluche qui accompagnait le courrier.
Sa marraine m’avait dit « ce n’est pourtant pas grand-chose… », mais pour Danielah c’était un trésor qu’elle venait de découvrir !
Et sa maman m’a confié qu’autant de mots gentils et d’encouragements pour sa petite fille la rendaient profondément heureuse et la rassuraient beaucoup.
La bienveillance de vos messages a été une preuve supplémentaire que nous œuvrions tous dans la même direction.

Quelles sont les priorités sur lesquelles l’Association va concentrer ses efforts les prochains mois ?

Marine, et Johanne de retour d'une mission à Madagascar

Marine : Aujourd’hui, 265 enfants malgaches sont déjà parrainés. Ce que nous voulons, c’est pouvoir les accompagner d’avantage, afin de continuer à les aider à construire leur avenir.
Nous allons donc agir en priorité sur leurs conditions actuelles d’éducation, en mettant en œuvre différents types de projets :

  • construction de toilettes et de puits pour améliorer leurs conditions sanitaires,
  • distribution de matériels pédagogiques et didactiques,
  • construction de nouvelles salles classes,
  • confection de table bancs, etc.

En parallèle, nous souhaitons approfondir notre recherche sur les opportunités de formations professionnelles dans la zone pour ces enfants, afin de pouvoir les accompagner le plus longtemps possible sur des métiers utiles localement, qui pourraient leur assurer un avenir professionnel. Il y a donc encore beaucoup à faire !

Johanne : Plusieurs actions urgentes sont à mener comme la construction de salles de classe, de latrines et de puits, et ce seront nos priorités pour les prochains mois.
Il s’agit de notre première année d’actions sur la zone et qu’il est primordial de nous assurer que tout se passe au mieux afin de se construire sur des bases solides.
J’ai une très grande confiance en nos équipes et en notre partenaire, qui effectuent un travail remarquable chaque jour pour aider mieux, plus d’enfants et de familles.

Notre prochaine étape sera donc de suivre davantage de familles de la région et nous concentrer sur la problématique de déscolarisation des enfants à la fin du primaire.
Nous allons ainsi poursuivre notre travail dans la zone pour favoriser l’accès au collège et à la formation professionnelle et emmener le plus loin possible les enfants sur la voie de l’autonomie.

Quel message voudriez-vous adresser à tous les parrains de ce nouveau programme à Madagascar ?

Marine, et Johanne de retour d'une mission à Madagascar

Marine : Si vous avez l’opportunité de rendre visite à votre filleul, de visualiser ce que votre engagement permet de réaliser dans cette zone enclavée, n’hésitez pas à le faire !
Et d’ici là, parler de votre engagement autour de vous afin de multiplier notre capacité commune à améliorer les conditions de vie de ces enfants et de leur famille.

Johanne : Depuis janvier, vous avez été nombreux à nous rejoindre et à parrainer un enfant pour lui permettre d’accéder à ses droits fondamentaux, et d’aller à l’école dans de meilleures conditions. Pour certains d’entre vous, déjà marraines ou parrains, vous avez été touchés par la situation très difficile du pays et avez décidé de parrainer un autre enfant : merci du fond du cœur pour votre fidélité et votre confiance, cela nous donne des ailes pour poursuivre nos actions.
Pour la plupart d’entre vous, il s’agit de votre 1er parrainage et vous découvrez petit à petit cet engagement si particulier auprès d’un enfant et de sa famille.
Vous découvrez son nom, son histoire, son visage et c’est le début d’un petit bout de chemin que vous parcourrez avec lui pour l’emmener vers demain, comme disait la chanson…
Au téléphone, par email, vous êtes nombreux à nous dire que cela faisait plusieurs années que « vous vouliez franchir le pas ». C’est le cœur qui parle, mais pas seulement.
Le parrainage aussi un projet, un partage, une envie de rééquilibrer les choses « pour des enfants qui ont si peu, alors si on peut faire quelque chose… ».

Merci à vous, d’avoir franchi le pas, la route est parfois longue et le chemin difficile pour vaincre les inégalités, mais nous avançons ensemble, et c’est ce qui fait la différence.

En bonus: quelques images de ce voyage à Madagascar !

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